Opération indépendante secteur Nord de Loyton

Si l’opération Loyton est relativement bien documentée, l’opération indépendante dans la zone nord de Loyton l’est quant à elle beaucoup moins.

En réponse à la demande urgente de PLANETE (Colonel Gilbert GRANDVAL, chef de la région FFI nord-est), une équipe SAS est parachutée début septembre 1944 en marge de l’OP Loyton, dans son secteur nord, région de Igney, avec pour mission le sabotage des voies de communication et de repli Strasbourg – Nancy des Allemands. Cette équipe doit agir indépendamment de OP Loyton, puis s’exfiltrera une fois la mission accomplie. Ils devront alors rejoindre la base principale de Loyton ou s’exfiltrer à travers les lignes.

Cette équipe composée de dix hommes est l’équipe du 2 SAS du Lt canadien Joseph Maurice ROUSSEAU.

  • Lieutenant ROUSSEAU – Canadien
  • Caporal PICHON-MARTIN – Français
  • 1ère Classe GALMARD – Français
  • 1ère Classe MAZIERE – Français
  • Parachutiste CENTOLLE – Français
  • Parachutiste Le CHEVALIER – Français
  • Parachutiste CAMARENA – Espagnol
  • Parachutiste MARTIN – Espagnol
  • Parachutiste WILKINSON – Britannique
  • Parachutiste REICHENSTEIN – Allemand

D’après le rapport de mission, l’avion trouve la DZ (Drop Zone : terrain de parachutage), et le stick est largué vers 01h00 en blind à l’est de la forêt de Réchicourt Le Château, à environ 800 pieds (sans marquage ni accueil au sol, et à environ 230 m sol !). Il y a un retard entre le 5ème et le 6ème parachutiste, en conséquence de quoi le stick se regroupe en deux éléments séparés, sans parvenir à reprendre contact.

Les deux groupes vont alors opérer ainsi, indépendamment l’un de l’autre, avant de pouvoir renouer le contact quelques jours plus tard. Chaque groupe rédigera un rapport de mission : MAZIERE pour le groupe ROUSSEAU et REICHENSTEIN pour le second groupe.

Groupe ROUSSEAU :                                                

  • Lieutenant ROUSSEAU
  • Caporal PICHON-MARTIN
  • 1ère Classe GALMARD
  • 1ère Classe MAZIERE
  • Parachutiste CENTOLLE

Groupe REICHENSTEIN :

  • Parachutiste REICHENSTEIN 
  • Parachutiste CAMARENA
  • Parachutiste MARTIN
  • Parachutiste WILKINSON
  • Parachutiste Le CHEVALIER

Le groupe ROUSSEAU, sans radio, prend rapidement contact à Igney avec des éléments de la résistance qui le cachent et lui apportent un précieux soutien, notamment pour retrouver le reste du stick et également établir le contact avec les premiers éléments US du 2ème de cavalerie de la 3ème armée du général PATTON. Jusqu’au 16 septembre, le groupe opère à partir de Repaix où les hommes sont cachés dans le clocher de l’église par l’abbé Alain SENGER, curé du village, qui leur assure également le ravitaillement.

Le groupe REICHENSTEIN n’est pas en reste et opère à l’est de la zone mission : secteur Ibigny – Cirey-sur-Vezouze. Du 11 au 15 sept. le groupe est aidé par M. HARGOVSKI, un polonais, à la ferme La Vigne, qui met le groupe en relation avec la résistance, notamment un gendarme de Cirey, qui donne des nouvelles du groupe principal du Lt. Col. FRANKS.

Le contact est finalement établi à Repaix le dimanche 17 septembre entre le Caporal PICHON-MARTIN (laissé en base arrière) et le groupe REICHENSTEIN. Le Lieutenant ROUSSEAU, quant à lui, est parti le 16 au soir avec GALMARD, MAZIERE et CENTOLLE pour retrouver l’abbé Henri Alphonse STUTZMANN (alias capitaine LAFORGE), curé de Domèvre-sur-Vezouze et Chef du secteur FFI de Blâmont, qui conduit le groupe à Chazelles sur Albe pour y établir le contact avec les américains. Le 17 au matin, ROUSSEAU et ses hommes, accompagnés d’une patrouille américaine, repartent vers Repaix, en passant par Igney. Arrivés à Igney, un premier affrontement a lieu avec les allemands, cinq sont faits prisonniers, les autres sont tués.

Le groupe REICHENSTEIN, de son côté, retrouve PICHON-MARTIN dans la matinée à Repaix, et dès le contact établi, le groupe embusque trois camions allemands chargés de munitions passant dans le village. Les SAS font un prisonnier, et tuent les autres, puis font exploser un camion avec du plastic.

Plus tard dans la journée, le 17 septembre, alors que ROUSSEAU et ses hommes sont en train de manger, un véhicule entre dans Igney, avec à son bord 4 officiers allemands. Le véhicule est embusqué, les 4 officiers sont abattus, et 4 serviettes en cuir remplies de documents sont récupérées. Lorsque des renforts allemands conséquents se dirigent par la suite sur Igney, ROUSSEAU et ses hommes s’y retrouvent seuls, suite au départ précipité de la patrouille américaine. Les américains ne proposent même pas à MAZIERE, qui est pourtant à 10 mètres d’eux, d’emmener les SAS avec eux.

Le lieutenant décide alors de regagner Repaix à pied, à trois kilomètres et demi de là. TRIBOUT, leur guide (résistant de Igney), suggère de passer par le bois d’Igney et de suivre les haies jusqu’à Repaix, près du ruisseau d’Erbisey qui coule à l’est de la route.

TRIBOUT marche en tête, suivi du lieutenant ROUSSEAU, puis GALMARD , CENTOLLE et MAZIERE.

Il pleut et la visibilité est très mauvaise. Après avoir parcouru 200 mètres, tout en zigzaguant pour éviter les clairières, le lieutenant crie : “Un boche, cachez-vous ! “ Un coup de feu retentit et CENTOLLE reçoit une balle en pleine poitrine. MAZIERE se porte à son secours, mais CENTOLLE refuse, disant “Va-t’en, je suis fini ! Ils vont t’avoir toi aussi si tu restes ici ! “ Quelques minutes après, ROUSSEAU ordonne à TRIBOUT d’aller voir CENTOLLE. Puis il envoie GALMARD en reconnaissance dans les environs pendant que lui tient les Allemands en respect à l’aide d’une mitrailleuse.

Lorsque que GALMARD revient, ROUSSEAU est entouré par une trentaine d’Allemands. Il a épuisé ses munitions. Malgré qu’une balle lui a traversé le cou, il se bat quand même. Au moment où il amorce sa dernière grenade, il est lui-même touché par une grenade allemande.

Les allemands obligèrent des civils à transporter le blessé à Foulcrey, à environ deux kilomètres et demi de là. Il mourut en arrivant au poste de secours allemand de cet endroit.

GALMARD fut capturé, mais CENTOLLE, MAZIERE et TRIBOUT purent s’échapper. Ils passèrent par Igney et y prirent les 4 serviettes de documents allemands qu’ils purent remettre aux alliés. Par la suite, le QG du général LECLERC reconnut que ces documents “étaient très importants“. Cela expliquerait par le fait qu’à ce moment-là les nazis évacuaient leur GQG de Nancy. Vraisemblablement, les quatre officiers transportaient une partie des archives du grand état-major allemand.

• Le lieutenant ROUSSEAU est alors dans un premier temps enterré au cimetière militaire allemand de Avricourt (57), alors en Moselle annexée, avec la mention ”officier canadien”. Courant 1945, il est exhumé à la demande des habitants d’Igney pour être inhumé dans leur cimetière communal, une pierre tombale est réalisée. Un hommage, auquel participe son frère Claude, durant son voyage en Lorraine, lui est rendu le 26 septembre 1945 devant sa tombe au cimetière de Igney en présence notamment de MAZIERE et GALMARD.

Maurice est une nouvelle fois exhumé fin novembre / début décembre 1945 pour être définitivement inhumé le 11 décembre 1945 dans le cimetière de guerre de Ranville (Calvados). Il y repose aux côtés de son frère le Lieutenant Joseph Philippe ROUSSEAU, mort au combat quelques heures après avoir été parachuté sur la Normandie le 6 juin 1944.

• GALMARD est fait prisonnier et amené à Foulcrey en même temps que le lieutenant ROUSSEAU, il sera libéré à Strasbourg le 23 novembre 1944 lors de la libération de la ville. Début 1945, à la demande du Lt. Col FRANKS, avant de repartir en opérations il écrit à la famille ROUSSEAU pour leur dire qu’il était avait Maurice lorsque ce dernier fut mortellement blessé lors du combat de Igney le 17 septembre 1944.

• MAZIERE réussit à se réfugier à Igney. Aidé par les résistants, il prend contact avec les alliés le 10 octobre 1944 à Hablainville et est de retour le 15 octobre en Grande-Bretagne sur le camp du 2 SAS de Colchester.

• CENTOLLE, blessé, réussit à se réfugier dans un jardin, il y est découvert le lendemain matin et soigné par des habitants d’Igney aidés par des résistants.

• Le groupe REICHENSTEIN, désormais à 6 avec PICHON-MARTIN, quitte Repaix le 17 septembre en direction de Autrepierre où ils passent la nuit avec un équipage de char US. En chemin, ils posent quelques mines dont ils apprendront plus tard par des civils, qu’elles avaient touché quelques véhicules de transport ennemis. Le 18 septembre, devant la contre-offensive de la 5ème Panzer Armee allemande, les six parachutistes SAS sont évacués par les américains en direction de Lunéville. PICHON-MARTIN est de retour en Grande-Bretagne le 10 octobre 1944.


They stay alive as long as we remember them.