Dernier départ en exfiltration.
Ce groupe va également devoir se séparer au moment de traverser la rivière Meurthe. SWAYNE rejoindra rapidement les Français tandis que KUBISKI, DAINES et PERRIN seront les derniers à franchir les lignes… à la mi-novembre.
- Lieutenant Donald Edward SWAYNE – 1483524 – 2 SAS
- Corporal Grigori KUBISKI – 74983 – 2 SAS
- Private Henry Ernest DAINES – 5334575 – 2 SAS
- Private François PERRIN (Fr) – 66305 – 2 SAS

Rapport du Lieut. SWAYNE
- 13 octobre 1944 : Je suis parti avec PERRIN, KUBISKI et DAINES, dont deux étaient non-nageurs. Nous sommes passés près de Neufmaisons où KUBISKI a appris qu’un officier et 3 hommes avaient été capturés deux jours plus tôt dans la vallée de Celles. On nous a déconseillé d’aller à Baccarat, j’ai décidé d’aller à un pont ferroviaire traversant la rivière Meurthe à Thiaville, V 312805. A mi-chemin sur le pont, nous avons été interpelés et pris à partie par des sentinelles. Les trois hommes derrière moi ont immédiatement descendu le remblai et se sont mis à couvert dans des broussailles. J’étais certain qu’aucun n’avait été touché. J’ai descendu le remblai et j’ai rampé dans les broussailles, et me suis caché durant une demi-heure alors que les allemands fouillaient avec des lampes torche.
- Je me suis ensuite rendu au PRV dont nous avions convenu pour toute la journée, et y ai attendu jusqu’à l’aube pour voir si les trois autres y viendraient. Ils ne sont pas venus, et je ne les ai pas vus depuis.
- 14 octobre 1944 : Je suis parti à l’aube vers le nord-ouest, à travers le bois de Grammont, juste à l’est de Baccarat, V 260340. Je me suis caché dans une ferme durant la journée et la nuit.
- 15 octobre 1944 : Je suis parti le lendemain, 15 octobre, à 19h00, j’ai traversé la Meurthe en V 254856, et j’ai trouvé des troupes françaises (Division Leclerc) à Glonville, V 226856.
Message envoyé le 16 octobre 11h30 par POTTER 601, Major MILLER-MUNDY officier de liaison SAS auprès des Américains :
O 5. SWAIN est arrivé la nuit dernière. Etait avec KUBISKI. PERRIN et DAINES dans la nuit du 14 au 15 en V312804 (ndlr : pont juste au nord de THIAVILLE) quand ils ont été séparés.
Itinéraire d’exfiltration

Rapport du Cpl. KUBISKI
- 13 octobre 1944 : Le pont était gardé par une sentinelle allemande qui a ouvert le feu, nous avons fait demi-tour. Par malchance, notre officier a été séparé de nous. J’ai ramené les deux autres dans la forêt du Petit Reclos où nous avons passé le reste de la nuit.
- 14 octobre 1944 : J’ai pensé que ce serait malgré tout aussi bien d’essayer de traverser à Baccarat, et nous avons progressé le long de la route entre Bertrichamps et Neufmaisons.
- Nous avons posé deux ”éclateurs de pneu” avec chacun 3,5 livres de plastic. Un convoi de trois ambulances marquées d’une croix rouge est arrivé sur la route, en direction de la ligne de front. La première ambulance a touché les mines, déclenchant une énorme explosion, les trois ambulances ont été détruites. Nous n’avons trouvé aucun corps, seulement des fragments des ambulances partout autour. Je pense qu’elles étaient remplies d’explosif. En le chemin, j’ai dit à des enfants que nous avions besoin de renseignements et de nourriture. Ils ont fait venir leur oncle qui était membre du maquis, et vivait dans les environs de Bertrichamps. Cet homme nous a donné de la nourriture et nous a présenté une femme nommée LEBLANC, qui a proposé de s’occuper de nous. Elle nous a donné des vêtements civils, et à la nuit tombée, nous a conduit à une maison inhabitée où nous avons passé la nuit. Elle nous a dit que notre officier avait été tué, et quand je lui ai demandé comment elle savait cela, elle m’a dit qu’un groupe de 5, incluant un officier, avait essayé de traverser la Meurthe près d’où nos avions essayé. Je lui ai dit que ce ne pouvait pas être notre officier, car nous étions un groupe de 4, mais elle était sûr que c’était un groupe de 5 car un de ses amis leur avait donné de la nourriture la veille au soir dans la forêt. Je lui ai demandé comment ils étaient vêtus, et elle m’a décrit nos uniformes et notre béret rouge, j’en ai conclu qu’il devait s’agir d’un autre groupe. Mme LEBLANC m’a dit que l’officier avait été enterré sur place, et que les Allemands avaient posé une croix avec son nom inscrit dessus. (ndlr: l’officier en question est le Lieut. CASTELLAIN)
- Personne n’a su me dire ce qui était advenu des 4 autres du groupe. Une autre femme nous a dit que deux jours auparavant (ndlr : 12 octobre), deux Américains avaient été tués à Neufmaisons. Je lui ai demandé comment ils été habillés, mais elle ne savait pas car elle ne les avait pas vus.
- Ce soir-là, Mme LEBLANC est revenue de Raon l’Etape, où elle est allée récupérer des photos développées qu’elle avait prise de nous durant la journée pour nous faire des cartes d’identité. Pour cela, elle a été aidée par une gendarme de Raon l’Etape qui aidait les maquis. Ce gendarme lui a dit que le Capt. DRUCE devait passer par Raon l’Etape le lendemain.
- Je suis allé avec Mme LEBLANC à Raon l’Etape. Elle m’a donné une carte d’identité que j’ai montré aux Allemands à l’entrée de la ville : le test fut concluant.
- J’ai passé la nuit dans sa maison, il était convenu que mes deux camarades pourraient venir le lendemain.
- 15 octobre 1944 : Dans la matinée, j’ai demandé à Mme LEBLANC de pouvoir contacter le gendarme, mais elle est revenue en me disant que le gendarme et trois autres avaient été arrêtés par la Gestapo, et par conséquent, nous devions partir sans nos cartes d’identité.
- Ce jour-là, un boulanger de Baccarat avait trouvé DAINES et PERRIN à Bertrichamps et leur avait proposé de les conduire à travers les lignes. Mme LEBLANC avait entendu parler de cela, et nous sommes tous partis mais n’avons malheureusement pas pu retrouver cet homme.
- Dans la soirée, nous sommes tous partis pour Raon l’Etape. Je marchais devant Mme LEBLANC, puis DAINES avec l’homme du maquis, suivis de PERRIN avec la fille de Bertrichamps. En chemin, nous avons rencontré des Allemands qui sont allés avec nous jusqu’à Raon l’Etape. Leur présence nous a facilité le passage des contrôles.
- 16 octobre 1944 : Mme LEBLANC avait décidé de traverser les lignes avec nous, via La Haute Neuville, et est partie faire une reco, mais est revenue nous disant que cela s’avérait impossible de traverser car les Allemands s’étaient repliés du fait de l’occupation de La Chapelle, V 300800, par les Américains.
- Durant les jours suivants, elle a préalablement ramené dans sa maison nos uniformes et nos armes de Bertrichamps.
- Nous avons toujours eu de quoi manger et une fille nommée Suzanne COFFE, qui vivait chez Mme LEBLANC et cuisinait pour les Allemands, nous amenait régulièrement des boites de conserve.
- Nous avons décidé d’attendre les Américains.
- Quelques jours plus tard, une femme est venue dire à Mme LEBLANC qu’il y avait deux officiers à Pierre Percée (ndlr : Major REYNOLDS et Capt. WHATELY-SMITH), qui voulaient à tout prix traverser les lignes. Un de ces officiers avait été blessé quinze jours ou trois semaines plus tôt, mais avait été soigné par une infirmière française à Pierre Percée. Il avait été soigné et souhaitait désormais traverser les lignes. Mme LEBLANC a décidé de ramener immédiatement ces deux officiers à sa maison. Je lui ai donné un message écrit en anglais par DAINES. Je lui ai dit d’envoyer les officiers par un sentier forestier jusqu’à un RDV avec eux dans la soirée à l’extérieur de Raon l’Etape, à un point que je lui ai montré sur la carte. Cependant, ils n’ont malheureusement pas pu suivre mes consignes, car elle les avait habillés en civil, et ils sont tous partis sur la route ; où ils ont été arrêtés par une sentinelle dans la périphérie de La Trouche (ndlr : le 30 octobre 1944). Mme LEBLANC et les officiers ont été amenés à la Gestapo de Celles.
- Mme LEBLANC a été jugée par la Gestapo, et a demandé pitié à genou, et les a implorés d’avoir de la pitié pour ses deux jeunes enfants, elle a été fusillée. (ndlr : en fait, la dame LEBLANC survivra à la guerre)
- Je ne sais pas ce qui est arrivé aux deux officiers, mais je pense que s’ils avaient été fusillés, j’en aurai été averti par les civils.
- Dès que nous avons appris que Mme LEBLANC avait été fusillée, nous avons caché nos armes et uniformes car nous nous attendions à ce que la Gestapo fasse une rafle. Nous avons également préparé une évasion pas le toit au cas où ils viendraient. Etrangement, les fouilles attendues n’ont pas eu lieu.
- Entre temps, Suzanne COFFE s’est bien occupée de nous.
- Quand les Américains ont commencé à bombarder Raon l’Etape jours et nuits, toute la population s’est réfugiée dans les caves.
- Une semaine plus tard, les Allemands ont commencé à se replier. J’ai vu passer leurs chars, tous des Tigre et des Panther, beaucoup d’entre eux étaient marqués d’une croix rouge. J’ai également vu environ 50 autres véhicules.
- Le jour suivant, PERRIN est parti vers l’autre sortie de la ville qui était plus calme. DAINES et moi sommes restés en arrière.
- Le jour suivant, les Allemands ont fait exploser un pont à environ 50 yards de la maison qui a été rendue inhabitable du fait de la puissance de l’explosion. Il avait beaucoup plu, et notre cave s’est rempli de plus d’un mètre d’eau.
- A ce moment-là, les Allemands ont raflé tous les hommes de moins de 50 ans qu’ils pouvaient trouver, les ont amenés dans la vallée de Celles, et les ont tous exécutés dans une usine. Le maquisard qui était également dans la maison de Mme LEBLANC a décidé d’aller à Celles avec les deux enfants de Mme LEBLANC. Toutefois, les Allemands l’ont amené à la Kommandantur, et je ne sais pas ce qu’il lui est arrivé, pas plus qu’aux deux enfants.
- Pendant ces fouilles des Allemands, à la recherche des hommes, DAINES et moi sommes restés cachés dans la cave où les Allemands n’ont pas fouillé car elle était pleine d’eau.
- Par la suite, nous sommes allés dans une autre maison inhabitée, et nous nous sommes habillés en femme car nous devions sortir. J’ai emprunté du rouge à lèvres à Suzanne COFFE, mais DAINES avait une grande barbe qu’il a camouflé avec une écharpe.
- Ce jour-là, il a été dit que les Allemands avaient donné l’ordre à la population d’évacuer la ville dans les deux heures, entre 04 et 06 heures. Les habitants ont immédiatement fui et exécuté l’ordre de partir vers Baccarat et Bertrichamps. Lorsqu’ils avaient quitté la ville, les Allemands ont cependant ouvert le feu avec des M.G. ; et un grand nombre a été tué. Les rescapés sont revenus dans la ville, et les autorités françaises de Vichy leur ont dit que l’ordre qui avait été donné par un lieutenant SS, sur sa propre initiative, était illégitime.
- Trois jours plus tard, deux Allemands sont venus à notre maison, demandant de la nourriture, disant qu’ils n’avaient plus rien à manger depuis quatre jours. Ils ont mangé quelques-unes de nos conserves allemandes, et dit que les Américains étaient à la sortie de la ville.
- Le jour suivant, les Allemands ont commencé à se replier, et portant nos vêtements de femme, nous avons contacté quelques Américains qui ont été surpris de nous voir.
- PERRIN avait également traversé les lignes.
Message rédigé par le Capt. SYKES envoyé le 21 novembre 16h20 par HARDWICK 701 :
H 215. HARDWICK à BARING. Soldat DAINES 5334575 et Caporal KUBISKI 74983 signalés ici venant de LOYTON. Maison de KUBISKI à Paris, il n’a pas vu sa famille depuis 7 ans, pourrait avoir congé 14 jours. Je vais arranger un transport pour lui. DAINES rentre à UK demain par avion.
Message envoyé le 24 novembre 23h00 par HARDWICK 701 :
Pour McLEOD. …/… KUBISKI DAINES PERRIN en cours de rapatriement.
Des témoignages concordants permettent de situer la rencontre des 3 soldats SAS avec les Américains aux alentours de mi-novembre, date de la libération du secteur.
PERRIN, DAINES et KUBISKI furent cachés dans la cave des grands parents de Mme SUISINI qui témoigne:
« A la libération, ils sont sortis de leur cachette ; pris pour des espions par les Américains et mis au cachot. C’est leur commandant, mis au courant, qui a délivré ces pauvres gars revêtant leurs uniformes et sortant enfin de ce cauchemar.
Un para est revenu après la libération, François PERRIN, le plus grand sur la photo, avec un sac empli de provisions de toutes sortes, c’est le seul dont je me souviens du prénom.«
