Groupe FRANKS

09 septembre 1944, les hommes n’avaient désormais plus qu’une ration de 24 heures, tout l’explosif avait été utilisé et il était devenu très peu probable de pouvoir se faire ravitailler par air. Le Lt. Col. FRANKS a alors décidé de mettre fin à l’opération.

  • Lt. Colonel Brian Morton FRANKS – 89085 – 2 SAS
  • Major Peter Lancelot John Le POER POWER – 242296 – 2 SAS
  • Captain Christopher Hugh SYKES – 33030 – 2 SAS
  • Captain John Leslie HISLOP – 70647 – Phantom
  • S. S. M. James McDonald WHITE – 5498696 – 2 SAS
  • Corporal Leonard ‘Len’ Caerwyn OWENS – 2365996 – Phantom

  • 09 octobre 1944 : Il ne nous restait plus désormais qu’une ration de 24 heures par homme. Nous n’avions plus d’explosif, et la probabilité d’obtenir un ravitaillement apparaissait négligeable. Les lignes alliées semblaient statiques et la météo, qui jusque-là avait été suffisamment mauvaise, se détériorait encore plus. J’ai décidé de mettre fin à l’opération et donné les instructions aux équipes de faire leur possible pour rejoindre les lignes alliées. J’ai donné un PRV (point de rendez-vous) en V 404823 (Lajus), près de Celles, où je serai pendant les 48 prochaines heures.

  • 10 octobre 1944 : Je me suis rendu au PRV et j’y ai passé la nuit du 10 au 11 octobre dans une maison déserte. Il y avait avec moi le Major POWER, le Capt. SYKES, le SSM. WHITE, le Capt. HISLOP et le Cpl. OWENS.

  • 11 octobre 1944 : Ayant reçu un message du Brigadier MACLEOD, indiquant son accord avec ma décision, mon équipe est partie en direction des lignes américaines.

Après avoir attendu, comme convenu, 48 au point de rendez-vous de Lajus, le groupe débute son exfiltration en début de matinée le 11 octobre 1944. Après la traversée de la rivière Meurthe dans le secteur de St Blaise, le groupe progresse rapidement jusqu’au Grand Bois de Glonville, au sud-est de Baccarat en fin de journée le 12 octobre 1944.


  • 12 octobre 1944 : …/… Nous avons continué toute la journée à travers la forêt de Ste Barbe, avec une courte halte d’une demi-heure, et avons rejoint la route principale Baccarat – Rambervillers vers 16h00. Nous l’avons traversée et avons été vu par un Allemand à vélo. Nous avons poursuivi à travers le Grand Bois de Glonville et traversé la route en V 203837, espérant trouver un transport américain sur la route. Dans les bois, nous avons trouvé un site d’armes que nous avons contourné et finalement nous nous sommes retrouvés au milieu d’un réseau de tranchées et d’abri bien construits qui semblaient inoccupés. Il pleuvait très fort et le Major POWER et moi-même nous nous demandions s’ils étaient amis ou ennemis. Durant notre discussion, deux Allemands sont sortis de leur terrier et nous avons déguerpi alors que plusieurs d’entre eux nous tiraient dessus. Nous sommes arrivés sur une autre position, l’avons contournée et avons fait une courte pause.
  • Après, nous nous sommes rendus à la lisière du bois au sud, alors qu’il y avait juste assez de lumière pour se repérer. Alors que nous faisions le point topo, une patrouille allemande est venue droit sur nous, et en fait a regardé la carte par-dessus nos épaules, nous demandant ce que nous faisions. Une fois de plus, nous avons déguerpi, poursuivi par la patrouille qui, malgré la luminosité, tirait avec précision.

  • 12/13 octobre 1944 : Nous étions désormais à découvert et nous nous sommes reposés dans un champ de pommes de terre, juste derrière ce qui paraissait être une position de la ligne de front allemande, où on les a entendu manger leur ration. La position semblait très bien tenue, et comme nous avions alerté le secteur, il a été décidé de faire demi-tour et à nouveau d’essayer de rejoindre Rambervillers, V 183728. Nous avons par conséquent marcher avec prudence à travers la campagne et sommes à nouveau entrés dans le Grand Bois de Glonville en V 232799 où nous sommes reposés 3 ou 4 heures avant l’aube.

  • 13 octobre 1944 : Nous avons alors à nouveau traverser la route Rambervillers – Baccarat dans la forêt de Ste Barbe suivant un cap sud-est avec l’intention de continuer à travers le bois étroit situé au nord de St Bru, V 220728. Nous avons poursuivi toutes la journée, avec peu de pauses et avons atteint vers 17h00 la clairière en V 220740. Nous avons commencé à contourner la clairière en restant à couvert dans les bois, et là nous sommes à nouveau tombés sur les Allemands. A ce moment-là, l’équipe s’est séparée en deux : le Major POWER avec le Capt. HISLOP et le Cpl. OWENS, et le Capt. SYKES, moi-même et le SSM. WHITE.
  • (FRANKS, SYKES et WHITE poursuivent leur exfiltration) …/… Nous sommes partis à 21h00 vers le sud en direction de Bru, dans le but de bifurquer vers l’ouest dès que possible en direction de Rambervillers. Après avoir traversé une prairie à découvert, nous avons atteint un bois au nord de Bru, dont on m’avait dit qu’il était aux mains des Américains. J’ai pensé qu’il serait plus sûr de rester dans les bois, dans la mesure où il y avait beaucoup d’activités aux alentours, et de plus j’étais certain que nous étions désormais dans les lignes américaines, mais il semblait plus sûr de les approcher de jour.

  • 14 octobre 1944 : A 07h0, j’ai commencé à me déplacer avec précaution, dans la campagne, en direction de Rambervillers. Cela impliquait de traverser un secteur complètement à découvert. Alors que nous traversions ce découvert, nous avons été pris à partie et j’ai été blessé à la jambe, mais il y avait heureusement des couverts à proximité où nous sommes restés jusqu’à la tombée de la nuit. En milieu de journée, nous avons été pilonnés par des tirs de mortiers pendant deux heures. Nous avons suivi le cours du ruisseau Le Monseigneur, V 205727, en direction de Rambervillers, et nous avons atteint vers 22h00 des maisons en périphérie, qui étaient occupées par des américains.

  • 15 octobre 1944 : Nous avons pu donner des renseignements très utiles à la 45ème division, dont certaines positions armées.

O3. Sont arrivés : The COL CHRISTOPHER et SSM WHITE. Colonel légère blessure à la jambe gauche, seulement 3 jours d’alitement. Informer DAVID DILL que les bois de GLONVILLE sont désormais considérés infranchissables. Recommandons la route de RAMBERVILLERS en évitant les bois près de la ligne.

13 octobre : Nous nous sommes levés à l’aube et avons fait mouvement. Nous avons progressé toute la journée, avec quelques pauses, sans incidents, jusque tard dans l’après-midi. La forêt que nous avons traversée était assez épaisse et la visibilité y était mauvaise. Brian marchait devant moi quand il a soudainement fait demi-tour se dirigeant sur moi alors que nous entendions simultanément le cri désormais familier : « Achtung ! », suivi d’un coup de feu. Alors qu’il passait près de moi, j’ai vu son visage, les joues creuses, la mâchoire serrée et les yeux fixes. Je me suis retourné sur ses talons quand d’autres coups de feu arrivaient de la zone d’où était venu le cri ; et j’ai vu Brian bifurquer vers la droite, derrière Christopher et White, tandis que Peter Power et Joe Owens avaient couru vers la gauche. Réalisant qu’une division égale du groupe nous donnerait une meilleure chance pour s’échapper qu’une division inégale, j’ai plongé derrière ces deux-là. Par chance le sous-bois était dense et nous fumes hors de vue des Allemands en quelques secondes, sans dommage autre qu’un morceau de bois arraché de ma carabine, où une balle l’avait atteinte.

Nous avons couru encore un peu et plongé sous des buissons car les bois et sous-bois commençaient à se faire rares. Nous étions immobiles, faisant les morts, et en ce qui me concernait, extrêmement craintif, tandis que les Allemands s’approchaient de notre cachette. A un moment ils semblèrent être juste au-dessus de nous et nous avons armé nos révolvers au cas où ; mais ils n’étaient pas à moins de vingt ou trente mètres de nous, dans de telles conditions, le danger était exagéré. La recherche a continué ainsi pendant au moins une demi-heure, les Allemands étant parfois loin de notre position parfois très proches. Imperturbable comme toujours, Peter Power s’est un peu endormi, contrairement à Joe et moi qui restions concentrés, alors que ses ronflements commençaient à être bruyants, nous avons craint qu’ils n’arrivent aux oreilles des Allemands. Finalement rien ne s’est passé et nous l’avons laissé continuer à dormir. Les bruits de la recherche continuèrent, et j’ai eu l’effrayante pensée que si la nuit ne tombait pas rapidement, les Allemands pourraient finir par nous trouver. Puis, tout d’un coup, quantité de tirs ont retenti, nous nous rendus compte avec soulagement que les Américains avaient lancé une attaque sur la position allemande. Les Allemands qui nous recherchaient sont retournés vers leurs postes, dans les lignes, et le vacarme de la bataille a même réveillé Peter qui, lorsqu’il réalisa la situation, prit avec détachement le dérangement de son sommeil. L’action a continué jusqu’à la tombée de la nuit ; et après le silence est revenu. Nous sommes restés où nous étions jusque vers minuit, puis nous nous sommes déplacés lentement et tranquillement en direction des lignes allemandes, atteignant un chemin traversant le bois, que Peter a réussi à identifier sur la carte. Il faisait nuit noire, mais cela nous a permis de dépasser les lignes allemandes sans être vus. Peter a affiché un azimut sur sa boussole, nous guidant dans la bonne direction, il m’a dit de le tenir par la ceinture, et que Joe tienne la mienne, et a commencé à marcher. Le sous-bois était dense, et la progression lente mais ininterrompue, avec pour résultat de cette brillante navigation, l’arrivée à une route dont nous étions sûrs qu’elle était du côté américain de la ligne de front. Nous l’avons traversée et nous sommes cachés dans les buissons de l’autre côté, en attendant de voir ce que la lumière du jour allait nous révéler.

Peu après le lever du jour, nous avons vu un groupe de soldats se déplaçant sur la route, qui sans aucuns doutes étaient des Américains. Je n’ai jamais ressenti un tel sentiment de joie et de soulagement : c’était ce que j’imaginais pouvoir être à la libération après une longue peine de prison ou un sursis de condamnation à mort.

Le problème suivant était de se montrer aux américains sans se faire tirer dessus comme si nous étions des Allemands. Nous avons conclu que le mieux était de marcher dans leur direction, au milieu de la route et de crier en anglais. Cela a fonctionné et en quelques secondes, les Américains nous serraient les mains. Ils nous ont demandé comment nous avions réussi à traverser les lignes, depuis combien de temps nous étions de l’autre côté et ainsi de suite ; mais ce qui les a le plus surpris et impressionné était le fait que Peter Power en tant que Major et moi en tant que capitaine, nous ayons été envoyés sur une mission aussi dangereuse. Dans l’armée américaine, ou en tout cas dans cette unité, le principal objet de promotion semblait être de s’éloigner aussi loin que possible de l’ennemi ; et pour les officiers de nos grades respectifs, d’après leurs « standards », se retrouver dans la situation de Peter et moi, équivalait à être puni pour un délit, ou résultant de folie.


99. Viennent juste d’arriver POWER HISLOP OWENS CROSSFIELD ROBB. Message pour SFHQ : LOYTON n’a pas pu délivrer les deux derniers messages pour MAXIMUM


They stay alive as long as we remember them.