Les hommes de OP Loyton furent également victimes de l’ordre commando d’Hitler.
Origine de l’ordre commando d’Hitler
Lors d’un raid de reconnaissance sur l’île de Sercq, dans l’archipel des îles Anglo-Normandes, en 1942 pour l’opération Basalt, un petit détachement de soldats britanniques captura cinq soldats allemands qu’il était prévu de ramener en Grande Bretagne pour interrogatoire. Pour éviter qu’ils n’alertent la garnison, on les bâillonna avec de l’herbe et on leur lia les mains. Trois d’entre eux tentèrent de s’enfuir à l’approche de la plage d’embarquement et furent abattus par les Anglais.
La propagande allemande s’empara de l’affaire et parla d’une exécution sommaire, contraire aux lois de la guerre.
Même si les mauvais traitements réciproques de prisonniers furent courants pour ensuite être abandonnés (en partie grâce à l’action des délégués de la Croix-Rouge suisse), le haut commandement allemand prit prétexte de l’affaire de Sercq pour édicter des instructions drastiques visant à exécuter sommairement les troupes de commandos et de sabotage.
L’ordre émanant de HITLER le 18 octobre 1942, ne fut publié qu’à douze exemplaires, destinés à la haute hiérarchie militaire avec diffusion sous le sceau du secret.
Probablement conscients des réticences éthiques de certains militaires de tradition, HITLER et son Etat-Major spécifièrent que les prisonniers relevant du Kommandobefehl devaient être remis au SicherheitsDienst (SD), dirigée par Rheinhard HEYDRICH. Parmi les militaires allemands qui firent en sorte de ne pas relayer cet ordre, le nom d’Erwin ROMMEL est souvent cité.
Le 25 juin 1944, après le débarquement allié en France, un supplément fut ajouté à l’ordre originel du 18 octobre 1942.
Début 1944, le Lieut. Quentin HUGHES du 2SAS fut parachuté en Italie au sein d’une équipe devant détruire des avions ennemis sur la base de San Egido dans le centre du pays. Le 16 janvier 1944, alors qu’il posait des bombes LEWES sur les avions, l’une d’elles explosa prématurément, l’assommant et l’aveuglant. HUGHES fut capturé et soigné de ses blessures, mais lorsqu’il fut remis sur pied on lui dit qu’il serait amené à la Gestapo pour être exécuté en tant que saboteur.
Lt. James Quentin HUGHES 187543 – 2 SAS

Un des docteurs de l’hôpital, assisté d’un officier allemand d’Etat-Major en convalescence, les deux s’étant lié d’amitié avec HUGHES, ont réussi à le faire monter le 10 mars à bord d’un train à destination du principal camp de regroupement allemand pour prisonniers de guerre à Padoua. Ils espéraient que le bras puissant de la Gestapo n’arriverait pas à l’y retrouver. Mais HUGHES, alors partiellement soigné et ayant perdu l’usage d’un œil, avait d’autres idées. Il a réussi à sauter du train avec un POW américain et ils réussirent à rejoindre les lignes alliées le 30 mars.
HUGHES a rédigé un rapport alertant particulièrement sur le sort des parachutistes alliés accusés d’être des saboteurs et remis à la Gestapo pour y être exécutés. Le rapport est arrivé sur le bureau du Major BARKWORTH, officier renseignement du 2SAS, qui alerta alors le Lt. Col. FRANKS à ce sujet. Ce dernier a ensuite alerté ses officiers sur le sort qui leur serait réservé s’ils étaient capturés.

Tous les membres opérationnels de cette unité sont pleinement conscients du danger d’être fusillés s’ils sont faits prisonniers par les Allemands.
Il est suggéré que tout homme participant à l’avenir à une opération aéroportée n’ait aucun doute sur les conséquences probables de sa capture et qu’une patrouille Phantom NE soit parachutée QUE sur une base solidement établie par l’un des régiments.
Dans le rapport MISSING PARACHUTISTS daté du 14 novembre 1945, résultat de l’enquête du 2SASWCIT, le Major BARKWORTH souligne la façon criminelle dont les Kommando WENGER et ERNST se sont appropriés le Kommandobefehl, et la manière si abjecte dont chacun l’a mis en œuvre.
Le Kommando WENGER brûlait invariablement les corps des parachutistes SAS : à la Ferme de la Fosse à Pexonne le 19 septembre, au Harcholet le 16 octobre ou encore à la scierie de Barodet le 22 octobre.
Le Kommando ERNST, quant à lui, prenait simplement les vêtements des prisonniers pour les brûler, puis enterrait les corps dénudés : aux Moitresses près de St Dié le 20 septembre et à la Grande Fosse le 15 octobre.
L’ordre commando du 18 octobre 1942
Le Führer F.H.Q. : le 18.10.1942
Nr 003830/42 g.Kdos./OKW/WFST
1- Depuis un certain temps déjà nos adversaires se servent dans la conduite de leur guerre, de méthodes qui se placent en dehors des accords de Genève.
Les personnels des soi-disant Commandos se conduisent d’une façon particulièrement brutale et sournoise, il est prouvé, qu’une partie d’entre eux est même recrutée parmi les criminels libérés des pays ennemis. Il ressort des documents (ordres) pris à l’ennemi, qu’ils sont chargés non seulement d’enchainer les prisonniers, mais également de les tuer purement et simplement, du moment que ces derniers peuvent leur sembler un handicap pour la suite de leurs opérations.
Enfin il a été trouvé des documents dont il ressort que la mise à mort des prisonniers a été délibérément ordonnée.
2- A ce sujet, il a déjà été mentionné dans un additif du 07.10.1942 adressé à la Wehrmacht, qu’à l’avenir l’Allemagne procèdera de la même façon envers ces troupes de saboteurs britanniques et leurs complices, cela signifie : qu’ils seront abattus par les troupes allemandes, sans le moindre ménagement, quelle que soit la façon dont ils se manifesteront.
3- J’ordonne en conséquence :
Qu’à l’avenir tout ennemi livré aux troupes allemandes, provenant des soi-disant raids de Commandos en Europe ou en Afrique, même s’il s’agit apparemment de soldats en uniforme ou de saboteurs avec ou sans armes, au combat ou en fuite, soient abattus jusqu’au dernier homme. Il est entendu, qu’il en est de même pour ceux amenés par bateaux, par avions ou parachutés pour entrer en action. Même si ces derniers lors de leur découverte semblaient s’apprêter à se rendre, tout pardon est à refuser, pour ne pas déroger à ces principes. A ce sujet, chaque cas isolé fera l’objet de la rédaction d’un rapport minutieux à l’O.K.W. (Grand Quartier Général).
4- Au cas où des isolés de ces espèces de Commandos, agents ou saboteurs tomberaient entre les mains de la Wehrmacht par tout autre moyen, par exemple : par la police des pays sous notre occupation, ils seront immédiatement à remettre au S.D. (Service de Sécurité). Chaque dépôt sous protection militaire par exemple : camps de prisonniers etc… est strictement interdit, même pour un séjour provisoire.
5- Cette décision n’est pas valable pour le traitement des soldats ennemis, qui dans le cadre de combats normaux, Grandes Offensives, Grandes Opérations de Largages et Grandes Opération Aéroportées en rase campagne, sont faits prisonniers ou se rendent.
Il en est de même pour les soldats ennemis, qui par suite de combats en mer sont tombés entre nos mains ou ceux qui par la suite de combats aériens voudraient sauver leur vie en sautant en parachute.
6- Je rendrai responsable devant le Conseil de Guerre, tous les Chefs de Corps et Officiers qui n’exécuteront pas ces ordres, qui auraient négligé d’en instruire leurs troupes ou qui auraient agi à l’encontre de cet ordre.
Signé Adolf HITLER
Traduction de Eugène MEYER (3 French Para Bn)
- Kommando Befehl (en Allemand) – ordre commando du 18 octobre 1942.
- Commando Order (en Anglais) – ordre commando du 18 octobre 1942.
Le supplément du 25 juin 1944
1- Malgré le débarquement anglo-américain en France, l’ordre du Führer du 18 octobre 1942 concernant l’anéantissement des saboteurs et terroristes reste pleinement valide. Les exceptions à cet ordre sont les soldats ennemis en uniforme dans la zone effective des combats, c’est-à-dire dans les secteurs de première ligne jusqu’au poste de commandement (du n° 5 de l’ordre original du 18 octobre 1942).
2- Tous les membres de groupes terroristes et de saboteurs, y compris (sur le principe général) tous les parachutistes rencontrés en dehors de la zone de combat immédiat, doivent être exécutés. Dans des cas particuliers, ils doivent être remis au SD (Sicherheitsdienst).
3- Toutes les unités en dehors de la zone de combat de Normandie doivent recevoir des instructions précises et efficaces sur ce devoir qui leur incombe d’anéantir les groupes de terroristes et de saboteurs.
4- À partir de demain ; l’Oberfehldshaber signalera quotidiennement le nombre de saboteurs ainsi liquidés. Cette mesure est, par-dessus tout, valable pour les opérations menées sous la direction du commandement militaire. Le nombre d’exécutions doit apparaître dans le communiqué quotidien de la Wehrmacht pour servir d’avertissement aux terroristes potentiels.
Des documents de 2SASWCIT, l’équipe d’enquête du 2SAS sur les crimes de guerre, révèlent que l’ordre commando a conduit à la mort de plus de 300 agents secrets et soldats des forces spéciales. La majorité étaient britanniques.
Dans un rapport daté de juin 1948, le Major Eric ‘Bill’ BARKWORTH, chef de 2SASWCIT, conclut qu’« au moins 160 parachutistes britanniques et hommes de commando » ont été assassinés en vertu de l’ordre commando.

Les hommes de OP Loyton sont parmi les victimes de l’ordre commando.
They stay alive as long as we remember them.