Contexte historique

06 juin 1944 : déclenchement de l’opération Overlord, c’est le début du débarquement en Normandie, entre autres, de la 3ème armée américaine du Général PATTON, de la 8ème armée britannique du Général MONTGOMERY, de la 1ère armée canadienne du Général CRERAR, sans oublier la 2ème DB du Général LECLERC qui débarque à partir du 1er août 1944, aux ordres de la 3ème armée US.

Les ports artificiels de Saint Laurent sur Mer et Arromanches sont mis en place afin d’assurer le débarquement des forces et surtout de la logistique : munitions, carburant, nourriture…, mais une tempête rend inutilisable le pont de Saint Laurent sur Mer le 19 juin, et crée des dégâts, heureusement réparables à celui d’Arromanches, ralentissant le flux logistique. Cherbourg, seul port en eau profonde à proximité des plages du débarquement, est libéré le 26 juin. Saboté par les Allemands, sa remise en état débute dès la libération de la ville, il devient néanmoins partiellement utilisable à partir du 17 juillet, avant d’être complètement opérationnel courant novembre.

Après les premières semaines de durs combats pour prendre pied sur le sol français, la marche en avant vers l’Est est lancée, Rennes est libérée le 4 août, Laval le 06, puis Le Mans le 08 et Chartres le 15 août, rapprochant irrémédiablement les alliés de Paris. Ce même 15 août 1944 commence le débarquement de Provence, c’est le début de l’opération Dragoon. Ce sont notamment la 7ème armée américaine du Général PATCH et la 1ère armée française du Général DE LATTRE qui débarquent entre Cannes et Toulon.

Après Orléans qui est libérée le 16 août, c’est au tour de la capitale de voir arriver les alliés, la libération prendra quelques jours entre le 19 et le 25 août. Suivent ensuite Troyes le 26 août, Saint Dizier et Reims le 30 puis Verdun et Bar le Duc le 31.

Début septembre, MONTGOMERY bifurque vers la Belgique, pour libérer Anvers et pouvoir ainsi bénéficier d’un second port en eau profonde, puis les Pays-Bas où se déroule l’opération Market Garden du 17 au 25 septembre avec les résultats que l’on sait… Si les Alliés parviennent à reconquérir un certain nombre de ponts sur les principaux fleuves néerlandais, une partie de leurs troupes pourrait alors contourner la redoutée ligne de défense Siegfried et frapper le cœur de l’industrie de guerre allemande, dans la région de la Ruhr. L’objectif final de Market Garden s’est cependant révélé être « un pont trop loin ». MONTGOMERY espérait qu’en cas de réussite de l’opération la guerre serait terminée pour Noël 1944, mais Market Garden ne réussira que partiellement. Nimègue et une grande partie du Brabant ne furent libérés qu’après des combats acharnés. Malheureusement, après les premiers succès, les Alliés ne purent tenir Arnhem et il fallut attendre le printemps 1945 pour que la moitié nord de la Hollande soit également libérée.

PATTON et MONTGOMERY ont un contentieux depuis la campagne de Sicile en 1943 durant laquelle PATTON « grille la priorité » à MONTGOMERY en juillet pour la libération de Palerme. L’arbitrage en faveur de l’opération Market Garden et sa promesse d’une libération du port d’Anvers et des ponts néerlandais détourne provisoirement, vers le front britannique de MONTGOMERY, l’approvisionnement en carburant et munitions, alors insuffisant pour alimenter concomitamment deux fronts, fixant de fait, début septembre 1944, les positions de l’armée de PATTON devant Nancy et sur les rives occidentales de la Moselle.

Nouvellement constituée début 1944, la brigade SAS (Special Air Service) est à l’œuvre, dès le mois de juin, sur le territoire français. OP Titanic est menée pour faire croire aux Allemands que les Alliés lancent un aérotransport de grande ampleur dans la région de Carentan entre le 6 et le 10 juin 1944. Plus tard, au mois d’août, c’est OP Span qui sera engagée en Provence avec le même but de leurrer l’ennemi sur les lieux exacts de débarquement de l’opération Dragoon.

Jusqu’au déclenchement de l’opération Loyton, dans les Vosges, aux portes du 3ème Reich, les SAS vont ainsi mener une succession d’opération sur les arrières des lignes allemandes, opérant alors un harcèlement des forces ennemies dans leur retraite vers l’Allemagne. Le but de ces opérations est de détruire les voies de communications ferroviaires, routières et fluviales, déstabiliser l’état-major ennemi, bien sûr reconnaître et renseigner, coopérer avec les hommes du maquis, armer et équiper celui-ci, coordonner les parachutages.

En résumé, il s’agit d’empêcher tout renfort allemand et de perturber la retraite ennemie afin de faciliter l’avancée alliée.

Ces opérations sont, entre autres :

  • en juin : OP Samwest et Dingson en Bretagne, OP Bulbasket dans le secteur de la Vienne, OP Houndsworth dans le secteur de Dijon, OP Gain entre Paris et la Normandie ;
  • en juillet : OP Dickens secteur de Nantes, OP Kipling dans le massif central, OP Rupert entre Verdun et Metz, OP Wallace et Hardy dans le secteur du plateau de Langres.
  • en septembre : ce sera enfin OP Loyton et OP Pistol dans le massif des Vosges et Vosges du nord et OP Abel dans le Doubs.

OPs Wallace, Hardy, Loyton et Pistol sont menées par le 2SAS, commandé par le Lt Col. Brian FRANKS ; ces quatre opérations s’inscrivent dans la préparation de la manœuvre de traversée de l’Est de France par les forces alliées pour leur faciliter le franchissement du Rhin et leur permettre de fondre au cœur de l’Allemagne nazie. Pistol doit assurer le contournement par le nord du massif des Vosges : trouée de Metz et Col de Saverne, Wallace et Hardy doivent assurer la préparation du contournement par le sud : trouée de Belfort. Fin août 1944, OP Abel, menée par les Français du 3SAS, aux ordres du Capt. SICAUD, complètera le dispositif de préparation du secteur sud. Enfin, Loyton doit permettre la traversée du massif vosgien en son centre, par où les Allemands ne s’attendent pas à voir passer les alliés.

Dans cette perspective, les alliés espèrent pouvoir traverser rapidement le Rhin et être à Berlin pour Noël 1944, comme Montgomery l’espérait également de son côté en contournant la ligne Siegfried par le nord.

Entre un pont trop loin et un manque de carburant, l’histoire en fut tout autre…

L’offensive des alliés se rapproche des Vosges et rien ne semble pouvoir arrêter la retraite allemande avant le Rhin. Cependant, du point de vue du haut commandement allemand, la défense de l’Alsace obéit à une double exigence, à la fois stratégique et politique. Le massif vosgien facilite l’aménagement de lignes de défense permettant aux troupes en retraite de se rétablir et de tenir pendant l’hiver.

Mais surtout, l’invasion de l’Alsace par les forces alliées serait déjà, pour les Allemands, celle d’un territoire du Reich, annexé et germanisé de force depuis 1940.

La décision d’HITLER de mener le combat défensif à outrance “bis zum letzten Mann” (jusqu’au dernier homme) en avant de la frontière du Reich est prise aux environs du 25 août 1944. Certains historiens la situent plutôt au 2 septembre 1944, mais des mesures préliminaires sont prises dès le début août au moment même où l’opération Loyton est validée par le Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force (SHAEF).

La bataille sur les frontières du Reich va englober la Hollande et l’Alsace-Lorraine. Les mesures prescrites par l’OKW, le haut commandement allemand, concernant plus particulièrement la Lorraine et les Vosges, comporte l’édification d’une double ligne de fortifications de campagne :

  • Une première ligne de défense, la Vorvogesen Stellung (ligne de défense avancée des Vosges) orientée Nord-Sud, passant par Gondrexange et Blâmont, accrochée aux premières pentes occidentales du massif vosgien.
  • Une seconde ligne d’obstacles antichars et de points d’appui fortifiés, la Hauptlinie, ou Vogesen Stellung (ligne de défense des Vosges), sur les lignes de crêtes déjà fortifiées, pour certaines, durant le premier conflit mondial. L’actuelle route nationale 4 est particulièrement fortifiée dans les secteurs de Phalsbourg et du Col de Saverne.

Afin de donner aux grandes unités les délais pour se réorganiser, percevoir de nouveaux matériels, entraîner leurs personnels d’origines les plus diverses, l’organisation et la réalisation des travaux sont confiés à WAGNER, le Gauleiter nazi de l’Alsace et du pays de Bade, dont le siège est à Strasbourg. Les travaux débutent dans les premiers jours d’août, on en remarque vers Montigny Sainte-Pôle, mais ils prennent leur plein développement à partir du 1er septembre 1944. Exécutés par l’organisation TODT, renforcée par des bataillons de la Hitlerjugend (la jeunesse hitlérienne) amenés d’Allemagne, ces travaux ne sont pas à la mesure des moyens disponibles chez les Allemands. La main d’œuvre supplémentaire est rapidement trouvée dans les villages où tous les hommes valides sont ramassés manu militari et embarqués vers les chantiers. Certains d’entre eux sont emmenés jusqu’en Allemagne et ne regagneront la Lorraine qu’après la fin de la guerre. De l’aveu même des Allemands, cette main d’œuvre est d’une redoutable inefficacité. Et lorsque les troupes prendront finalement possession de ces lignes de défense, elles auront encore beaucoup de terre à remuer pour les rendre opérationnelles.

WAGNER voulut en outre assurer à ses chantiers toute la sécurité nécessaire à la bonne exécution de leur tâche. Et l’on voit s’abattre sur la région tout ce que le système nazi a encore en réserve en matière d’éléments de police et d’unités de répression. Or, de par son relief et son importante couverture forestière, la zone choisie par l’occupant coïncide avec celle des rassemblements des grands maquis vosgiens. C’est là aussi, bien sûr, que sont parachutés les hommes de l’opération Loyton, entre la Vorvogesen Stellung et la Vogesen Stellung.

Conscient de la menace, WAGNER prend l’initiative. Sous l’autorité du BDS France, Befehlshaber Der Sicherheitspolizei und Des Sicherheitsdienst (commandement de la Gestapo et du service de sécurité), replié de Paris sur Nancy et du BDS Alsace de Strasbourg, la riposte est déclenchée afin que le balayage à l’Ouest du Donon commence dès le 11 août 1944. Il se poursuivra jusqu’à ce que la zone soit nettoyée. Ce sera l’opération Waldfest dont on entreverra les prémices, dans l’acharnement à anéantir maquis et Anglais, les Terroristen, dès l’affaire du 18 août.

Un rapport du commandement anglais de l’opération SAS indique à ce sujet :

Le même rapport précise qu’aucune unité de l’armée ne participe à ces opérations. En cas de nécessité, les renforts sont envoyés d’Allemagne. Le plus souvent, ils sont fournis par l’école de police de Karlsruhe. On ne sait que trop le triste bilan à Pexonne, à Senones, dans les vallées de la Plaine et du Rabodeau, à Viombois …

Analysant la situation de l’armée allemande après son écrasement en Normandie et sa retraite précipitée à travers la France, le général EISENHOWER, dans son rapport final sur les opérations en Europe, écrit à propos des forces allemandes :

Ce répit, pour reprendre leur souffle, va leur être donné, dès la fin du mois d’août face aux Alliés arrivant de Normandie et à la mi-septembre pour les forces débarquées en Provence. Le général GUILLAUME, qui commande alors la 3ème Division d’Infanterie algérienne, écrit :

Il est dès lors illusoire d’imaginer être à Berlin pour Noël 44.


They stay alive as long as we remember them.