Ici sont inhumés les dépouilles de Mme Delphine JACQUOT et son fils Lucien, abattus le 16 septembre 1944 par les hommes du Kommando WENGER du Sicherheitsdienst, qui brûlèrent leurs corps dans l’incendie de leur ferme.

Adresse :
Chemin du cimetière, 54450 Pexonne.

Cimetière de Pexonne sur Google Maps
Les faits :
Parachutés dans la nuit du 06 au 07 septembre. Au sol, le Sgt. FITZPATRICK et les Pct. CONWAY et ELLIOTT se sont retrouvés séparés du reste du stick, et en plus, ELLIOTT s’était fracturé un fémur à l’atterrissage. FITZPATRICK et CONWAY sont restés pour s’occuper de lui, en se dissimulant dans un bois proche de la ferme de La Fosse près de Pexonne. Ceux les ayant vus et aidés témoignent :
Mme Cécile DA SILVA témoigne devant la cour d’enquête du SHAEF :
- J’ai appris par quelqu’un que trois Anglais étaient cachés dans les bois, qu’ils étaient parachutistes et qu’ils étaient isolés. Mercredi 13 septembre, vers 14h00, je suis allée dans les bois avec mon fils. Nous avons trouvé un parachutiste avec les cheveux roux, couché dans la mousse, dissimulé dans des branches de sapins, avec deux autres gars. Mon fils s’est identifié comme étant un membre de la résistance, et s’est proposé de ramener l’homme blessé chez moi, nous étions pour cela venus avec un petit chariot à foin pour servir de civière. Je suis restée à l’entrée du bois pour voir si des Allemands étaient dans les environs.
- Mon fils leur a dit : « Je vais amener votre ami au village. Ma mère s’occupera de lui avec l’aide du Docteur. Quant à vous deux, je viendrai vous chercher plus tard au coucher du soleil et je vous emmènerai au Maquis, au poste de commandement, à la scierie de Lajus. Le propriétaire du bois n’a pas voulu laisser partir le blessé et les deux autres ne voulaient pas quitter leur ami avant de savoir qu’il était en sécurité ». (TS 26/859)
Le propriétaire du bois est Lucien JACQUOT, un résistant, également propriétaire de la ferme de La Fosse juste à côté. Il a ensuite ravitaillé les 3 hommes pendant 3 jours et ils sont restés là, cachés dans les bois.
Le docteur Robert HUSSON témoigne devant la cour d’enquête du SHAEF :
- C’était probablement le mercredi 13 septembre. J’ai été appelé par une petite fille de 14 ans qui m’a donné un bout de papier sur lequel les mots suivants étaient écrits :
- Docteur, vous devez venir immédiatement à la ferme de La Fosse pour soigner les parachutistes anglais blessés. Signé : Un patriote.
- Cette petite fille devait être la nièce de JACQUOT. Je ne connais pas son prénom. J’ai hésité cinq minutes, puis je suis parti. J’ai attendu juste assez de temps pour estimer à quel point JACQUOT pouvait être fiable. Je me suis alors rendu à la ferme de La Fosse et j’y ai retrouvé M. JACQUOT et sa mère. Il m’a amené par la route dans un petit bois situé près de la ferme. Nous y avons retrouvé 3 parachutistes anglais dont un allongé sur un parachute. Je n’ai pas pu faire grand-chose pour le soigner parce que je n’avais pas beaucoup d’équipement sous la main. On a proposé de faire une attelle que nous avons posée.
- A ce moment-là, il y avait en permanence des patrouilles allemandes. J’ai reçu, je crois que c’était le samedi 16, une note de la femme du chef de secteur FFI, Mme CLAUDE, me disant de faire attention et limiter mes sorties si je ne les jugeais pas nécessaires parce que la ferme était encerclée par les Allemands ». (TS 26/859)
René CLAUDE, commerçant et chef de secteur FFI, témoigne devant la cour d’enquête du SHAEF :
- J’ai rencontré les trois hommes juste après qu’ils aient été parachutés. Je les ai rencontrés pour la première fois le 7 septembre à la carrière de La Fosse. Je savais qui ils étaient.
Sur présentation des photos des trois Anglais, M. CLAUDE poursuit :
- Celui-là est celui qui était blessé à la cuisse (ELLIOTT). Je me souviens des noms de FITZPATRICK et CONWAY car je leur ai demandé leurs numéros de matricule afin de les communiquer aux autres parachutistes qui avaient été parachutés dans la région.
- La dernière fois que je les ai vus, c’était vendredi 15 à la carrière. Après je ne peux rien vous dire d’autre que ce que l’on m’a raconté. Ceux qui pourraient vous dire ce qu’il s’est passé après le 15 sont Mme BERNARD, Paul GEGOUX, le maire, De MOUTIER, Anna GEGOUX. C’est à peu près tout. Cependant il y a bien une autre personne qui pourrait donner des informations, c’est Maurice THIEBAUT. Il a une sœur, milicienne et agent de la Gestapo.
- J’ai essayé de transporter les trois hommes à travers la forêt, pour les amener au PC à la scierie de Lajus où les hommes qui étaient dans la région, ayant perdu le contact avec leur chef, ne sachant pas où aller. J’ai dit que j’essaierais de les regrouper et j’ai dit à ces trois camarades que leurs amis étaient là et que nous les emmènerions à eux. Les deux hommes qui n’étaient pas blessés, FITZPATRICK et CONWAY ne voulaient pas laisser leur ami blessé, celui-ci ne pouvait pas être transporté. Je les ai vu pour la dernière fois le vendredi soir, j’avais reçu un message de mon capitaine m’envoyant en mission auprès des Américains. Je suis revenu de cette mission le dimanche soir ». (TS 26/859)
Mme Cécile DA SILVA poursuit son témoignage :
- Après 3 jours, quelqu’un, est allé dans les bois pour y cueillir des fruits, et elle a trouvé ces hommes couchés par terre, et en a averti les Allemands. M. JACQUOT les a alors amenés jusqu’au jardin de la ferme de La Fosse. La dernière fois que mon fils les a vu, c’était aux environs de 23h00 le vendredi 15 septembre 1944.
- Samedi 16 septembre 1944, j’étais dans ma maison lorsque j’ai vu des membres de la Gestapo passer devant chez moi vers 15 ou 16 heures. Il s’agissait de deux véhicules revenant de la ferme de La Fosse après y avoir mis le feu. Dans le premier, il y avait 5 officiers et le chauffeur. Dans le second, il y avait plusieurs soldats debout avec leurs armes. Il y avait également les trois parachutistes britanniques que j’avais vus dans les bois. Le blessé était à moitié étendu par terre dans le camion. Au moment où ils sont passés devant moi, j’étais au puits. J’ai retenu que les prisonniers anglais étaient habillés en kaki et n’avaient rien sur la tête. J’ai alors su qu’ils avaient été faits prisonniers ». (WO 311/72)
Après avoir exécuté les propriétaires de la ferme, Mme Delphine JACQUOT, née SEINGRY, et son fils Lucien JACQUOT, les Allemands ont jeté leurs corps dans la maison et y ont mis le feu avant d’amener les trois SAS à la maison du Kommando WENGER à La Neuville pour les y interroger.
Paul GEGOUX, maire de Pexonne, témoigne devant la cour d’enquête du SHAEF :
- Le 16 septembre, alors que je distribuais du sucre dans les magasins de PEXONNE, trois véhicules allemands arrivèrent de La Fosse. Ils criaient : « Le maire, le maire ». Ces véhicules se sont arrêtés devant chez moi. Je me suis approché d’eux.
- Il était environ 5 heures de l’après-midi ; et oui, ils me cherchaient. Ils m’ont dit : « Nous venons de fusiller la propriétaire de La Fosse et son fils, et nous avons brûlé la ferme ». Puis ils ont rajouté : « Nous avons trouvé trois Anglais ». Ils m’ont demandé : « Les voyez-vous dans la voiture ? » et j’ai répondu : « Oui, je les vois.
- Ils m’ont dit de prendre des mesures pour que les corps soient bien enterrés ». (TS 26/859)
Les corps de Delphine et Lucien JACQUOT seront enterrés le lendemain 17 septembre par Camille SIMON, garde champêtre et un de ses collègues.
Camille SIMON, témoigne devant la cour d’enquête du SHAEF :
- Il n’y avait personne dans les environs. Personne n’osait aller à la ferme de La Fosse depuis que la ferme avait été incendiée. Le 16, les Allemands avaient dit au maire de faire enterrer les deux corps, ainsi le 17, en tant que garde champêtre, accompagné d’un autre garde, j’ai été envoyé là-bas pour enterrer les corps. Nous avons cherché pendant un long moment, en nous demandant ce que les Allemands pouvaient bien avoir fait des corps. Nous avons cherché tout autour de la ferme pendant environ deux heures, mais sans résultats. J’ai dit au garde champêtre qui était avec moi : « Je pense qu’ils ont jeté les corps dans le feu ». Avec ma pelle, j’ai déplacé quelques cendres encore fumantes et j’ai trouvé dans la maison près de la porte, presque à l’entrée, les corps des deux personnes qui avaient été abattues. Après avoir enterré les corps, nous avons fait le tour et nous avons trouvé trois revolvers dont les manches étaient déjà un peu brûlés. Par la suite, nous nous sommes dit que ces revolvers devaient appartenir aux trois hommes qui ont été abattus deux [sic] jours plus tard. (TS 26/859)
Delphine JACQUOT et son fils Lucien
Les actes de décès de Mme Delphine JACQUOT, née SEINGREY, et de M. Lucien JACQUOT, son fils, portent la mention :
» MORT POUR LA FRANCE «



They stay alive as long as we remember them.