Début avril 1944, le HQ Airborne Troops a fait une demande pour qu’un émetteur radio puisse transmettre des codes ou des messages aux équipes de la Brigade SAS, équipées de récepteurs, en l’occurrence des MCR 1, à l’instar de ce que font déjà SOE et FFI.

Ce qui préoccupe les SAS, à ce moment-là des préparatifs de OVERLORD, c’est la façon dont les équipes prévues pour être parachutées en territoire occupé durant la nuit D-2/D-1, pourront être prévenues de tout report éventuel du déclenchement des opérations, et ce, sans que les équipes n’aient à rompre le silence radio par des échanges intempestifs de messages.
Mise en place des broadcasts
- 29 mars 1944 : dès la rédaction du SAS BRIGADE OPERATION INSTRUCTION No. 2 adressé au 1 SAS, l’utilisation des récepteurs MCR 1 est évoquée dans le paragraphe TRANSMISSIONS :
§ 23. Toutes les équipes seront équipées d’un récepteur MCR 1 avec lequel écouter une émission en l’air (Broadcast) de l’état-major. Les piles doivent durer 100 heures en utilisation continue et devraient donc durer au moins 7 jours si elles sont utilisées avec soin.

- A partir du 04 avril 1944 : toute une série de réunion va conduire à la mise en place des broadcasts au profit de la Brigade SAS. Parmi les notes échangées entre les différents états-majors, la note n° HQ AirTps/MS/2500/8/G du 19 avril, adressé à la Brigade SAS par l’état-major du 1er Corps Aéroporté résume bien l’utilité des broadcasts pour prévenir d’un éventuel report du déclenchement de OVERLORD :
4. Il est donc nécessaire de considérer les mesures à prendre pour s’assurer que les troupes SAS déjà en territoire ennemi soient informées de tous les reports à mesure qu’ils se produisent.
5. On estime que la seule façon de le faire est de briser le silence radio, et de diffuser un mot de code qui signifie report et donner la durée. Il sera probablement important que le silence radio ne soit rompu que par l’émission, et non par les troupes SAS transmettant des messages à la base, en tout cas jusqu’à ce qu’une longue période de report soit décidée. Il serait nécessaire de répéter l’émission en cas de report supplémentaire.
- Dès le 17 mai 1944 : Sir Noel ASHBRIDGE (Directeur Général Adjoint de la BBC) adresse un courrier au Lt. Col. COLLINS du HQ Airborne Troops dans lequel il indique notamment :
Nous avons examiné la proposition que vous nous avez soumise samedi dernier, selon laquelle nous devrions fournir deux émetteurs à ondes courtes à certaines fins en rapport avec les événements à venir, et pour autant que nous puissions en connaitre à l’heure actuelle, nous pensons que nous pourrions répondre à vos demandes.
- Le Lt McDEVITT du GHQ Liaison Regiment, Phantom, est dès lors désigné officier en charge de la mise en place des broadcasts. Le 31 mai 1944, il adresse au commandant de la Brigade SAS un document présentant le BROADCAST :
GENERALITES :
L’émission sera diffusée pendant six heures chaque jour simultanément sur deux fréquences. Les principales utilisations en seront : l’envoi à chaque stick d’information à la fois générale et spécifique, l’octroi d’un ‘’canal d’émission’’ du HQ Brigade vers les équipes SAS ‘’Jed’’ temporairement ‘’hors base’’, l’encouragement des troupes par les commandants, et enfin, et probablement avec le moins de satisfaction, la transmission des ordres par l’état-major de la brigade. Trois fois par jour, pendant une demi-heure, des bulletins de nouvelles générales seront diffusés en français et en anglais. Les quatre heures et demie restantes de diffusion seront réparties entre les groupes régimentaires pour la transmission de bulletins en langage clair d’intérêt local (avec des histoires de couverture) et de messages chiffrés spécifiques. Pour s’assurer que ces six heures soient pleinement utilisées et que, en même temps, les troupes avancées ne soient pas encombrées d’informations inutiles, il faudra une grande efficacité, des renseignements et des efforts de la part du personnel de la brigade et du bureau de radiodiffusion.
Il est recommandé que le S.O.E. et les Troupes Aéroportées soient informés de l’heure et de la fréquence du bulletin en langage simple des SAS.
…/…
- Fin mai 1944 : rédaction par Phantom du 1er ordre Transmissions de la Brigade SAS : SAS BRIGADE SIGNAL OPERATION ORDER No. 1 :
OBJET : le HQ Brigade SAS mettra en place un réseau de communication radio et un BROADCAST à destination des équipes du régiment en opération.


- Chaque régiment se voit attribué un indicatif propre pour les broadcasts.
- 3 créneaux d’émission par jour à destination de tous les régiments, pour les ‘’NEWS’’.
- Chaque régiment se voit en plus alloué(s) 1 ou 2 créneaux pour les émissions qui lui sont spécifiquement dédiées, infos personnelles pour les soldats ou ordres au équipes hors de contact avec leur base. Cette répartition de créneaux par régiment évoluera selon l’avancée des opérations.
- Enfin, le 01 juin 1944 : à quelques jours du débarquement, des instructions sur la radiodiffusion de la BBC à destination des troupes SAS en opérations sont adressées à tous les détenteurs de MCR 1, précisant :
Pour le réglage des récepteurs avant les opérations :
(a) Jusqu’au jour J, vos fréquences attribuées seront utilisées comme canaux de propagande britannique en langues étrangères.
(b) Après le jour J, les bulletins d’information seront diffusés à toute la Brigade à 9 h, 14 h et 19 h, et les messages seront transmis conformément aux exigences opérationnelles.
(c) Il est important que vous preniez confiance en votre émetteur de la BBC et en votre propre récepteur.
Entraînez-vous à le régler.
- La B.B.C. factura 24 £ par jour les frais de fonctionnement de ses émetteurs pour les émissions destinées aux troupes SAS.

- Le Général BROWNING, HQ Airborne Troops, adressa en novembre 1944 une lettre de remerciement à Sir Ashbridge de la B.B.C. :
Je tiens à vous remercier pour l’aide et la coopération de tout votre personnel concernant l’émetteur spécial fourni pour les unités SAS.
Il s’est avéré très précieux pour de nombreuses formes différentes de messages. Le succès des opérations SAS dépend très largement d’une communication rapide et fiable des messages, et toutes les équipes sur le terrain ont souligné l’excellente réception obtenue et il est très intéressant de noter qu’il n’y a pratiquement pas eu de brouillage ou d’interférence.
- Les broadcasts SAS continueront d’exister jusqu’au 18 mai 1945 à 18h00.
Chiffrement/ déchiffrement des messages opérationnels
Le chiffrement/déchiffrement sera effectué à l’aide de One-Time Reciphering Pad (carnet de chiffrement à usage unique) constitué de pages entières de pentagrammes de lettres. Ces OTP sont à usage exclusif de leur détenteur, et ne peuvent servir au déchiffrement de messages adressés à une autre équipe.

Quelques témoignages à propos des broadcasts
L’utilisation du broadcast avec les MCR 1, couplés aux One Time Pad pour les messages chiffrés, semble donner entière satisfaction aux équipes sur le terrain.
- Dans un rapport du 22 juin 1944 envoyé par le HQ Airborne Troops au HQ 21 Army Group, le paragraphe concernant les BROADCAST précise que :
Dans tous les cas connus, l’information diffusée en broadcast a été bien reçue et, en plus de diffuser des nouvelles générales du front, ce qui a un grand effet sur le moral, il est possible d’envoyer avec un court préavis des messages chiffrés avec One Time Pad (OTP) aux équipes sur le terrain qui sont loin de leur base et donc hors de contact radio avec la base et le pays.
- Témoignage du SAS français Julien DEVIZE, du 4 SAS, avant le D DAY :
Au bout de quelques jours, quelques renseignements sur les opérations commencent à transpirer. Les officiers sont convoqués dans la grande tente où se déroule le briefing. La radio prend subitement une importance considérable. Nous devons tenter une opération entièrement nouvelle : nous formerons une ou plusieurs bases où viendront se ravitailler les sticks de destruction qui accompliront des missions de diversion dans un rayon assez étendu. Il faut que les bases puissent correspondre par radio afin que les ordres soient donnés aux sticks munis de postes récepteurs. Et puis, le 3 juin, nous sommes enfin convoqués sous la tente du briefing ; nous y retrouvons les camarades avec lesquels nous formerons les sticks de départ. Après toutes les suppositions, les ragots et les indiscrétions, on va enfin savoir. C’est la Bretagne !
Le thème est le suivant : 4 sticks de 9 hommes partiront en premier dans deux avions, chaque avion droppant un stick sur une base sud dans le Morbihan, et un autre sur une base nord dans les Côtes-du-Nord.
- Le Major Freddie OAKES écrira plus tard dans ‘’WIRELESS WORKED WONDERFULLY WELL’’ :
Un autre moyen de communication, quoiqu’en sens unique, se faisait via les messages vocaux diffusés sur la BBC. Les émissions commençaient par la mélodie de : « Sur le pont d’Avignon » suivi d’une liste de noms de code pour ceux pour qui il y avait des messages. Nous étions JOJO 52, et d’autres équipes SAS avaient les noms de code ROMO ou SABU. Certains messages étaient encodés, d’autres utilisaient des phrases convenues, telles que : « La vache a sauté par-dessus la lune », indiquant généralement qu’un ravitaillement allait se dérouler comme prévu. Vers la fin de l’opération il y a eu des messages complémentaires de Eisenhower et de Montgomery. Beaucoup des émissions étaient faites par Gordon Blake qui avait quitté, à cet effet, la section radio 2ème SAS avant le D Day ; je crois qu’il était sous les ordres de l’acteur David NIVEN.
- Après OP Loyton, le Lt. Col. B.M. FRANKS expliquera :
Le nouveau mini récepteur était bien, facile à utiliser et transporter, mais si à l’avenir des opérations de ce type sont montées, il serait souhaitable d’en fournir à concurrence de 1 pour 5 hommes. Nous n’en n’avons presque pas eu assez ce qui a rendu difficile la conduite (des opérations).
Il précise également concernant cet effectif de 5 hommes pour 1 MCR 1 :
L’équipe opérationnelle idéale n’excède pas 5 hommes, et souvent 3 suffisent. Plus l’équipe est petite plus elle a de chances de succès. Les petites équipes peuvent facilement récupérer de la nourriture là où une équipe plus nombreuse ne peut pas.
- Témoignage de Len OWENS, alors Caporal dans la patrouille du Lieut. JOHNSEN du PHANTOM :
Pendant la journée, le travail des radios n’était pas trop ardu. Nous avons passé notre temps à coder tous les messages, à les envoyer dans notre créneau d’émission et à écouter très attentivement les petits récepteurs radio portatifs, que beaucoup d’agents et d’hommes avaient, pour les messages personnels ou opérationnels. Parfois en code, parfois en clair, ceux-ci étaient précédés de quelques mesures du titre Sur Ie Pont d’Avignon et de notre nom de code ROMO, qui serait annoncé « Hello ROMO. Bonjour ROMO », auquel cas nous savions qu’à un moment donné il y aurait un message pour un groupe SAS.
JOJOs OP Loyton : quelques broadcasts « particuliers »
Plus d’une trentaine de messages broadcasts seront envoyés aux JOJOs de OP Loyton. Le 26 août 1944, 1er est à destination de JOJO 31, le Capt. DRUCE, alors sans moyens radio longue distance. Il s’agit alors du seul moyen pour la Brigade SAS d’envoyer un message au groupe de reconnaissance OP Loyton. Le dernier broadcast sera envoyé le 15 octobre 1944 à JOJO 32, Lt. DILL, resté en arrière garde, mais malheureusement d’ores et déjà capturé par les Allemands.
- Message du 26 août 1944 adressé à JOJO 31 (Capt. DRUCE) :
Référence message de TAHITIAN daté du 23 août. Toujours en attente de DZ pour envoyer Peter et 75 hommes. Ne souhaite pas envoyer un groupe aussi important sans confirmation supplémentaire de votre part. Très désireux de recevoir toute information actualisée de votre région.
- Message du 07 octobre 1944 adressé à JOJO 53, 55, 70, 57, 38, 42, 9, 54, 56, 69, 7, 33, 58 et 68 :
Ne revenez pas sur la base LOYTON mais rejoignez les US.
N.B. : les équipes de OP Pistol figurent dans les destinataires de ce message. Alors que FRANKS a dispersé ses équipes, il demande à MOOR PARK d’envoyer ce broadcast à toutes les équipes non présentes avec lui.
- Et enfin le dernier message envoyé le 15 octobre 1944 à JOJO 32 (Lieut. DILL) :

O 242. Les bois du secteur de GLONVILLE sont désormais considérés infranchissables. Recommandons la route de RAMBERVILLERS en évitant les bois près de la ligne.